
On parle de justice, on parle de conscience. Il faut que ces
mots-là ne soient pas que des mots et qu’ils trouvent leur
réalité. Pour qu’un monde nouveau puisse se construire
vraiment, efficacement et comme cela est certainement possible, comme je le crois et comme je l’espère un jour sur cette planète. Il ne faut pas oublier le monde ancien, on ne construit pas le lendemain dans l’oubli du passé.
(Extrait d’un message de paix)
Qu’entend l’esprit quand il parle de ne pas «oublier le monde ancien» et «qu’on ne construit pas le lendemain dans l’oubli du passé» ?
Sans refaire l’histoire de fond en comble, chaque contrée sur
le globe terrestre a son histoire, ses guerres, ses traditions,
son langage, etc. Or, en nous référant à la philosophie spirite,
les femmes et hommes qui habitent ces contrées ont pour
dénominateur commun : l’esprit. Des esprits incarnés, dont
nous-même, peuplent des sociétés, meurent et se réincarnent
à l’intérieur d’autres sociétés, etc. L’histoire a ainsi pris forme.
Nous sommes le passé, le présent et le futur de notre planète ;
les vies se recyclent en de nouvelles vies qui comportent des
cultures et de croyances diverses. Si nous devons éviter d’oublier le passé pour construire l’avenir, nous devons donc étudier l’histoire.
Survolons ici une partie de notre histoire, en particulier celle de
la France, à lumière de la philosophie spirite.
L’IDÉOLOGIE DU COLONIALISME
Dans les années 1960, une soif de liberté atteint les colonies françaises. Cette décennie est le théâtre d’un bouleversement
géopolitique et culturel à l’intérieur de l’empire colonial français, en particulier sur le continent africain. La Guinée du président
Sékou Touré ouvre le bal en obtenant son indépendance dès 1958, les autres pays africains francophones lui succéderont.
Les colonies françaises en Afrique se sont perpétuées comme toutes les autres colonies dans l’histoire des peuples(1),
avec un schéma identique : spoliation des richesses et des territoires, mutations des villes et villages avec la construction de
lieux scolaires et administratifs, là où les colonisés doivent se plier à la langue du colonisateur, à sa religion, etc.
Nous parlons souvent de l’Afrique comme d’un seul et même pays en oubliant qu’il s’agit, à l’instar de l’Europe, d’un continent
avec ses multitudes d’ethnies, de langues, de cultures. C’est un continent tout autant rempli d’histoire(2), de royaumes,
de richesses et de conquêtes ; son histoire ne commence pas à partir de sa découverte par le Moyen-Orient et l’Occident.
Le colonialisme a été un important vecteur de trouble, bien plus qu’une modernisation bénéfique comme on peut parfois l’entendre, en Afrique comme ailleurs. Cette idéologie de conquête et de domination s’est construite aussi grâce à la complicité de
certains autochtones, de chefs et roitelets issus d’une multitude d’ethnies, emplis des mêmes ambitions funestes que
certains colons.
Aujourd’hui encore, la plaie n’est pas refermée, quand plane encore l’ombre du colonialisme dont témoignent des mouvements
populaires comme par exemple outre-Atlantique Black Live Matter. Il y est question d’identités, de patrimoines et de
reconnaissances politiques et historiques. On pratique également le déboulonnage de certaines statues représentant des
personnages en lien avec le commerce de l’esclavage du continent africain ou avec le colonialisme.
Le spiritisme codifié par Allan Kardec est avant tout un exercice extraordinaire de communication avec des esprits désincarnés,
grâce à des médiums dont nous étudions les messages, ainsi que les observations que nous avons pu établir sur des sujets
divers. Il en ressort des thématiques et celle du colonialisme n’y échappe pas.
Plus l’étude sérieuse du spiritisme se fera avec des communications de qualité, plus nous pourrons entrevoir l’histoire différemment et ainsi réagir à notre présent de façon plus réfléchie, mieux armés moralement.
Nous ne sommes pas bien loin de ces dates d’indépendance, c’était hier. Les pays colonisateurs doivent aussi admettre
qu’un peuple ne se relève profondément que de lui-même, l’aide extérieure est importante certes, mais ne doit pas être
influencée, consciemment ou inconsciemment, par des idées paternalistes à l’origine du problème. Ceci est complexe. Il ne
tient qu’à nous, Occidentaux, de prendre le recul nécessaire et voir ces autres peuples dans toutes leurs authenticités.
Mais en quoi consiste l’approche spirite face à cette histoire, ces relations, et de surcroît, qu’apporte-t-elle comme solution ?
LA PHILOSOPHIE SPIRITE
La matière et le spirituel, loin d’être scindés de façon arbitraire, sont les deux sillons d’un seul et même chemin. Un esprit
depuis son au-delà démontre dans un message reçu, le trait d’union qu’il existe entre nos deux dimensions :
«Que la musique porte vos idées en cadence, en harmonie de la paix et de l’amour pour toujours servir l’évolution de l’âme
et tendre vers Dieu. L’Afrique est exsangue de ses richesses.
Ses ressources sont pillées, ses peuples affamés et la grande majorité de vos pays dits développés agit ce en sens, et la
grande majorité des populations de ces mêmes pays n’en a que faire, trop étriquée dans ses propres difficultés. Tant de pauvretés
qui n’ont pas lieu d’exister car nature il y a, et capable de vous nourrir tous. Je constate le chemin à parcourir et veux vous donner la certitude d’une progression certaine vers des bonheurs insoupçonnés.»
Outre l’aspect revivifiant de ce propos sur le continent africain, à la dernière phrase de cet extrait de texte, l’Esprit qui s’exprime, qui a atteint une évolution plus élevée(3) au vu de la teneur de son propos, a besoin de nos fluides pour pouvoir répandre nos pensées là où elles seront bénéfiques. Ce que l’on appelle la mort est une dimension subtile qui peut permettre aux Esprits les plus éclairés et conscients, d’entrevoir les scénarios possibles grâce à une vue d’ensemble. Toutefois, il n’est pas difficile pour nous, esprits incarnés dans la matière, de constater que la faim comme tant d’autres maux, ne devrait plus exister sur une planète qui connaît un essor technologique remarquable ; une qualité de vie est possible pour tous les citoyennes et tous les citoyens du monde. Les volontés peuvent se réveiller grâce à l’engagement politique, civique, artistique, mais aussi, en parallèle, par le biais de la force pensée. La philosophie spirite s’inscrit donc dans cette lutte parallèle, ce désir constant d’apporter du soutien grâce à des chaînes de pensée collectives ou individuelles(4). Les désincarnés proposent, et les incarnés disposent. L’action n’exclut pas la pensée, bien au contraire. Souvent nous utilisons des images simples pour nous aider à comprendre la complexité que comporte également l’au-delà, cette dimension invisible et si spéciale. On peut donc s’imaginer les Esprits éclairés comme autant de guides juchés sur les
hauteurs d’une montagne qui, en avance sur les randonneurs que nous sommes, ont une vue beaucoup plus détaillée du
chemin parcouru et de celui qu’il reste encore à parcourir afin de gravir ladite montagne. Voilà l’une des choses qu’apporte la
philosophie spirite issue de nos communications, un recul sur les événements historiques et une confiance au long terme sans pour autant négliger l’urgence du présent, car l’actualité géopolitique mondiale est malheureusement souvent à flux tendu.
«Ne pas oublier le passé», pour paraphraser Martin Luther King, n’est pas raviver les vieilles querelles ni entretenir une forme de culpabilité ad vitam aeternam à l’attention des peuples d’Europe. Reconnaître l’histoire, c’est peut-être aussi savoir composer le
passé au présent. La démarche spirite vise à passer du particulier au général en ne perdant pas de vue notre essence commune : l’esprit. Le colonialisme, tout comme le racisme, proviennent de notre infériorité à vouloir s’approprier des richesses matérielles,
un prestige orgueilleux, une domination totale, par le biais d’un modèle économique peu soucieux de la nature et de l’humanité sur le temps long des siècles. Il n’est pas difficile de le remarquer pour qui se penche sur des ouvrages d’histoire. En revanche, une
lecture spirite révèle que nous sommes avant tout des réincarnés de ce passé. Nous avons été tour à tour le colonisé, le colonisateur, le pauvre, le riche, l’exclu, l’excluant, etc. Avec cette notion, nous ne pouvons qu’entretenir un sentiment de solidarité et d’amour sincère vis-à-vis des pays dits en voie de développement. Malgré l’immense fossé culturel qu’on peut ressentir, ces pays sont nous, nous sommes eux. C’est en voyant le monde comme cela que nous pouvons dire que nous sommes des esprits réincarnés sur une même sphère. Il ne tient qu’à nous de connecter nos consciences pour pouvoir bâtir un monde sain et
serein, jouer avec nos différences comme le peintre joue avec les couleurs afin de faire ressortir un magnifique tableau teinté d’un espoir divin.
(1) «Exterminez toutes ces brutes», Raoul Peck, série documentaire Arte, février 2022.
(2) Racines d’Afrique : Soundiata Keita, le lion mandingue, article web, 24.05.2018 & Quand l’histoire fait date, ARTE, 1324, le pèlerinage de Mansa Musa, 2018.
(3) Voir ouvrage Le Nouveau Livre des esprits, chapitre Évolution, page 176, 2002.
(4) Les pouvoirs de la pensée, Le journal spirite n°118, 2019
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